vendredi 15 décembre 2017

Et l'homme créa Dieu

Le bouddha d'azur de Cosey

"Dieu est un mot qui, selon moi, est vide. Je pense qu'il y a un grand mystère dans l'univers, je n'ai pas le mot pour le dire, et que cela dépasse notre capacité mentale. 
J'ai la conviction que c'est l'homme qui crée Dieu ou des dieux, et pas l'inverse. les dieux sont issus de l'esprit d'une communauté humaine, mais une fois qu'ils existent et c'est là le paradoxe, ils nous dominent, nous demandent de les prier, de le supplier, de tuer ou de mourir pour eux. Ce qui est vrai aussi pour les idéologies quasi religieuses qu'ont été par exemple le communisme, ou le nazisme".
Edgar Morin - dans un interview pour Lire (novembre 2017).

Il n'y a que lui pour mettre sur un même plan Dieu, le communisme et le nazisme, trois choses antinomiques. Quand on sait que Edgar Morin a pensé la complexité comme la coexistence de deux réalités contraires, on s'étonne moins.
Il se veut bouddhiste, sans la métampsychose (la réincarnation des bouddhistes : c'est à dire le transfert de l'âme dans un autre corps humain - pas un animal comme dans l'hindouisme). 
Moi aussi j'aime le bouddhiste, mais c'est parce que je lis les bd de Cosey et j'aime assez l'idée de bodhisattva ("mon âme en toi réincarnée" -  pauvres de vous!). 
On parle là de spiritualité et non de religion. La différence est de taille. Il n'y a pas de système ni d'autorité qui te dit quoi penser, comment penser, comment expier et t'offre un idéal gagnant : que ce soit les 70 vierges ou le Paradis (resterait à définir ce dernier d'ailleurs).
Le rapport est symétrique, le lien est horizontal, il s'entretient et se discute. Chacun en est responsable.

Une réflexion pour toutes nos relations, pas uniquement celles qu'on entretien avec (son) dieu.
Bon week


samedi 9 décembre 2017

Petit plaisir dans le froid et sous la pluie

sur le toit de ma maison - décembre 2017

Je n'aime pas cette période de l'année, il faut nuit quand on sort de la maison à 8h et même en rentrant tôt on est dans le noir. C'est un mois où on devrait rester sur son canapé, sous un plaid, à boire du thé et lire des romans (peut-être qu'alors j'arriverai à lire tous les bouquins que j'ai achetés et que je n'ai pas encore lus).
Vendredi soir, fêtes des lumières à Lyon, mais grand froid à Paris. 
Il neige, il pleut, il gèle. je suis sur mon scooter pour tourner boulevard Raspail. J'ai les pieds gelés, je n'y vois rien, les gouttes de pluie diffractent la lumière et m'éblouissent. La circulation est congestionnée et fébrile à la fois. j'en ai marre, je rêve de mon plaid, de ma cheminée et d'un thé bouillant.
Je suis arrêtée au feu, impatiente, intolérante, frigorifiée avec une irrestitible envie de le griller (ce qui est totalement infaisable).
Une grosse moto arrive, s'arrête à côté. Une de ces motos qui ressemble à un canapé, et que conduisent de vieux gars qui ont besoin confort. Ces motos comme des berlines, qu'on a envie d'appeler Madame, qui ronronnent et qui chantonnent.
Et celle la ronronnait avec la musique.
Et soudain j'ai entendu

"It's gonna take a lot to take me away from you
There's nothing that a hundred men or more could ever do
I bless the rains down in Africa aaaaaa
Gonna take some time to do the things we never had"


Un vieux tube de Toto. 
Oh boy! J'ai chanté, j'ai souri au (vieux) gars à la grosse bécane.
Le temps du rouge au vert, j'ai oublié que j'avais froid.
J'ai oublié que j'en avais marre.
J'ai oublié qu'on était en hiver.
Bonheur, il a pris le début du boulevard Raspail avec moi. 
J'étais contente qu'il y ait encore un feu un peu plus loin et celui d'après. Il a tourné un peu avant le boulevard Montparnasse. J'ai hésité à le suivre pour avoir la fin de la chanson. Mais le feu au bout de sa rue était vert, il ne s'arrêterait pas. 
J'ai poursuivi Raspail.
Je chantonnais.
Et aujourd'hui, je me refais les oldies goodies : greatest hits of Toto!

dimanche 3 décembre 2017

Cher Professeur d'Histoire



Cher Professeur d'Histoire de 3ème,

Vos élèves vous vénèrent.
Vous les captivez avec votre façon d'aborder l'Histoire, la Grande, la Petite, celle des gens qui l'ont vécue. Vous la rendez vivante en leur donnant des livres à lire, des images pour prouver, des films pour se rendre compte, des documentaires pour comprendre...
Vous les nourrissez abondamment, et ma fille absorbe. 
C'est une éponge. Elle écoute chaque mot que vous dites, chaque idée que vous formulez. En plus, vous êtes jeune, et pour peu que vous soyez beau gosse, votre impact sur ces jeunes filles n'en est que plus important.

Monsieur le Professeur, je vais vous raconter la soirée de mardi, chez nous.
Mardi après-midi, vous avez comme tous les mardis votre classe de 3ème. Vous finissez la période de la seconde guerre mondiale : vous leur avez déjà parlé de la déportation, des camps de concentration, de Staline et de son régime totalitaire, de l'endoctrinement des Hitler Jugend ... 
Savez-vous qu'elle a lu tout ce que vous avez évoqué? Et regardé tout ce que vous avez conseillé? 
Ces derniers temps nous baignons dans une ambiance de régime totalitaire, d'endoctrinement, de mise à mort collective,  sans compter ce que conseille votre collègue professeur en français.
Et ce jour là, vous abordez le procès de Nuremberg et vous décidez de montrer en classe des images qui ont servi pour les inculpés. 
Des images insoutenables, des images pour faire réagir les tortionnaires, pour les mettre en face de leurs crimes.

Monsieur le Professeur, vous avez en face vous des jeunes de 14 ans. 
Vous les avez prevenus que ce qu'ils allaient voir était des images difficiles, mais que se sont ils imaginés?  Ont-ils eu le choix de pouvoir sortir de la salle? De dire "c'est intolérable arrêtez!" ? De ne pas regarder?
Comment avez-vous fait votre introduction ? Quels échappatoires ont-ils eu?
Comment en avez-vous parlé ensuite?
La mienne, curieuse et concernée, a décidé de regarder jusqu'au bout, sans distance, avec compassion, en s'immergeant, en se concentrant...
Ma fille, qui est emphatique est sortie du collège dans un état second. Elle m'a appelée, chose qu'elle ne fait jamais, et quand j'ai décroché, en pleine réunion, elle a éclaté en sanglot. 
Sa compassion débordait : "j'ai vu des chose horribles, j'ai vu des gens morts de faim, abandonnés sur le trottoir du ghetto, j'ai vu des corps qu'on déchargeait, j'ai vu... comment on a pu faire ça?".
J'ai écouté, j'ai expliqué pourquoi vous aviez montré cela, à quoi cela servait de se rendre compte.

Je vous en ai voulu. 
Je vous en ai voulu de ne pas vous rendre compte de l'impact. 
Je vous en ai voulu de la violence que vous infligiez à ma fille.
Je vous en ai voulu de ne pas avoir pris plus de précautions.
Je vous en ai voulu de les avoir laissés quitter votre cours sans en parler collectivement.

Notre soirée a été consacrée au sujet.
Elle a beaucoup pleuré de douleur et de mal être pour ces gens qui sont morts, qui ont tout perdu jusqu'à leur Humanité. Elle a du décrire les images qu'elle avait vues pour se les sortir de la tête. 
Nous en avons parlé jusqu'à une heure avancée. De cela je ne vous en ai pas voulu.

Monsieur le Professeur, je les ai regardé, moi, ensuite ces images. 
Elles donnent la nausée, elles troublent, elles sont indicibles et intolérables, mêmes pour des adultes avertis.
Vous avez raison de les leur montrer. faites le juste avec plus de mots, avant et après.
Pour que ce ne soit pas une agression, pour qu'ils le digèrent, pour qu'ils s'indignent.
Pour que ce soit une leçon.
Pour nous tous, pour les générations de demain.

Vous avez ensuite attaqué la Résistance, et j'appréhende un peu ce que vous allez encore leur demander de regarder et de comprendre...
Même moi, j'ai du mal avec le Programme de 3ème.

Monsieur Le Professeur, je vous souhaite néanmoins une bonne soirée, il me semble que vous abordez de front des sujets graves, je voudrai juste un peu plus de douceur dans ce monde de brutes.

bien à vous,











samedi 2 décembre 2017

Embarquer avec élégance et dignité

Promenade des anglais - juste après le Bandol
Je prends l'avion régulièrement par aller à Nice. Je ne m'endors pas à chaque vol avec mon genou contre celui de Raymond, mais j'ai à chaque fois l'impression d'arriver en vacances quand j'atterris et de quitter une sorte parenthèse lumineuse quand j'en repars. Ce sont des missions professionnelles, je tiens à le préciser.

Hier, au passage des contrôles devant moi, deux maitresses femmes. Une grande black, longues jambes dans un pantalon en cuir, perchée sur des plateformes noires, gainées en dessous du genou. Des talons qu'une règle d'écolier aurait du mal à prendre la mesure. Une femme qui approche la cinquantaine, qui s'entretient, se sape pour aller bosser, ne sourit pas parce que ça creuse les rides. Tu n'as ni envie de lui sourire, ni envie de plaisanter. 
Derrière elle, son opposée. Une petite blonde décolorée, qui lutte contre les rondeurs de la ménopause avec moins de succès (ou plus de volupté), moulée dans une robe de style Chanel, parfaitement maquillée, le sac à main assorti aux chaussures. Les chaussures : leur seul point commun. Talons démesurément hauts. Je me suis perdue dans la contemplation de leurs talons en faisant la queue avant les contrôles.
Comme j'avais bu du vin à midi (mes clients niçoises sont des bonnes vivantes: déjeuner en terrasse au soleil et vin de Bandol), j'ai même essayé de marcher comme elles. J'ai eu le vertige, j'ai vite arrêté.
J'ai eu mes quelques minutes d'envie, vous savez ces moments où on contemple ce qu'on n'atteindra jamais : the perfect make-up, the perfect match dress, et les talons... . 
Je me suis vue avec mon jean, mon (éternel comme dit mon iFille) pull noir , mes bottines à plat (oui des Pete Soresen, mais à plat, pas une centimètre de surplomb), rien sur la figure, et mon indéfectible brushing naturel que même le mistral ne parvient pas à foutre en l'air.
Le vin blanc faisant son office, je me suis sentie petite et désordre....
.... jusqu'au passage des rayons X. 

Là, le monsieur qui contrôle les papiers, vous fait ranger votre portable dans un bac et votre manteau dans l'autre, vous fait sortir votre tube de dentifrice du sac, vous dit "enlevez votre bonnet pour passer le portique " (oui j'ai un bonnet, on est en hiver, j'ai froid), vous demande trois fois de suite si vous n'avez pas de liquide dans votre sac (oups, il me reste de l'eau alors que j'ai dit trois fois non!), a fait enlever aux deux maitresses femmes devant moi leurs si belles montures...
Fini la vue en plongée, fini la prise de hauteur, revenues sur terre en chaussettes dans le hall. 
Celle qui a l'habitude s'est assise pour enfiler les jolis sacs plastiques bleu censés protéger les chaussettes, la blondinette dans ses collants tout fins ne les a pas trouvés.
Soudain prise d'un accès de gentillesse (l'autre effet du Bandol), je lui ai montré où étaient les magnifiques surchaussettes bleu électrique, d'un geste naturel, sans enlever mes écouteurs (The National, à fond). Comme si moi aussi j'avais l'habitude d'enlever les hautes talons au passage des contrôles.
Et l'une après l'autre, elles sont passées, pieds bleus, rase moquettes couleur du ciel, bien modestes tout à coup. On se sent un peu plus vulnérable en chaussettes dans un lieu publique.

J'ai gagné en superbe ce qu'elles ont perdu en talons. Fièrement, d'un pas décidé et conquérant, j'ai fait claquer mon talon à plat pour passer le portique sans sonner (et sans mon bonnet).
J'ai récupéré mes affaires pendant qu'elles remettaient leurs chaussures si hautes. 
J'ai levé le menton, étiré ma colonne et suis partie sans les regarder, avec quelques centimètres de plus dans mon dos.

Ah ce vin de Bandol à midi!


dimanche 26 novembre 2017

Sagesse du jour

Native Art - UBC, Canada


"La fatigue, crise de l'énergie à échelle personnelle"


"La vie sert à trouver les raisons de se suicider"


Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit - Sylvain Tesson



Demain je vais à une conférence de Sylvain Tesson (oui oui!) :  l'héroisme peut il sauver le monde?
Et là toute suite, en héroïne ordinaire du dimanche après midi, je vais au cinéma avec une copine.

dimanche 19 novembre 2017

Bien choisir sa compagnie


Vercors - octobre 2017

"Il faut toujours se promener en montagne avec un géologue, dans la forêt avec une philosophe mutique, en ville avec un conservateur de musée.
Pour la nuit, préférer les artistes."
Une très légère oscillation - Sylvain Tesson

Je n'ai rien de tout cela dans mon entourage, et dans la vie je ne suis pas mal accompagnée.
Et pourtant, j'ai parfois la tentation de me retirer du monde. Je me souviendrai de cet adage, le jour où j'aurais besoin d'une excuse.

L'Homme au fond?

Primo Levi (photo issue des archives des inrocks)

"Enfermez des milliers d'individus entre des barbelés, sans distinction d'âge, de condition sociale, d'origine, de langue, de culture et de moeurs et soumettez-les à un mode vie uniforme, contrôlable, identique pour tous et inférieur à tous les besoins : vous aurez ce qu'il peut y avoir de plus rigoureux comme champ d'expérimentation, pour déterminer ce qu'il y a d'inné et ce qu'il y a d'acquis dans le comportement de l'homme confronté à la lutte pour la vie.
Non que nous nous rendions à la conclusion un peu simpliste selon laquelle l'homme serait foncièrement brutal, égoïste et obtus dès lors que son comportement est affranchi des superstructures du monde civilisé (...). Nous pensons plutôt q'on ne peut rien conclure à ce sujet, sinon que sous la pression harcelante des besoins et des souffrances physiques, bien des habitudes et bien des instincts sociaux disparaissent."
Si c'est un homme - Primo Levi

Je pensais l'avoir lu il y a longtemps. En le relisant, en même temps que mon iFille pour pouvoir en discuter avec elle, je me suis rendue compte que je ne l'avais jamais lu.
A des détails que je ne connaissais pas : les numéros des déportés ne sont pas dus au hasard, ils racontent d'où ils viennent, qui ils sont et quand ils sont arrivés. Leur histoire est dans ce numéro.
A la conlcusion de Primo Levi sur la théorie de la survie  : il a survécu parce qu'il a eu de la chance, ni la jeunesse, ni la santé, ni la solidarité, ni un talent particulier, ni la force, ni la roublardise... juste la chance : être ou ne pas être là au bon moment. 
Je me serai souvenu de l'absence d'émotions dans ce livre, de l'absence de haine, de l'absence de désir de vengeance... Juste la narration. Une froide distance, une juste distanciation, une absence de parti pris et pourtant une absence de pardon. Je ne suis pas très portée sur la notion de pardon, mais plutôt dans l'idée de comprendre l'autre point de vue et ses intentions. Mon raisonnement trouve vite ses limites ici :
"Peut-être que ce qui s'est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris dans la mesure où comprendre c'est presque justifier" dit-il encore.

vendredi 3 novembre 2017

Solitaire

Evgneia Aburgaeva - Weather man

Pauvre de vous, Sylvain (Tesson) est prolixe  et voila qu'il publie des recueils d'aphorismes...

" Pour le solitaire, tout rencontre est une blessure " 
Aphorisme dans les herbes et autres propos de la nuit

Pour moi dont la capacité relationnelle est limitée, je ne peux qu'être sensible à celui là!

Revenir à l'essentiel

Borne (2011)

Il nous arrive de ne pas avoir envie de parcourir le monde.
Il nous arrive de ne pas prendre l'avion à chaque vacance.
Il nous arrive d'avoir envie de calme mais pas trop, de se retirer sans s'isoler, de voir des gens sans que ce ne soit compliqué, ou qu'on soit obligé de parler (je parle essentiellement pour moi).

Nous avons fait du cabotage à la Toussaint. Une semaine ici et là. On arrive, on prend l'apéro, on papote, on dort et on poursuit.

C'est ainsi qu'on s'est retrouvé dans un refuge un peu équipé, à 45 mn de marche d'un village au bout du monde (le Vercors).
Il y a l'électricité, avec des panneaux solaires.
Il y a de l'eau chaude au gaz.
Il y a du réseau : pour Orange en bas des 3 marches, en faisant quelques mètres sur le chemin, pour SFR il faut monter au Col (1h de marche) pour Bouygues... c'est plus compliqué.
Il y a du chauffage : un poêle dans la salle commune, un autre dans la chambre commune en bas. Il faut les charger le soir, pour qu'il reste des braises au petit matin.
Il y a de quoi dormir : des chambres collectives à 6 ou 12 personnes (certains parmi vous adorent, je le sais...), celle du bas on agence son matelas avec ou sans cadre, à même le sol, orienté soleil couchant ou levant. A chacun son feng chui.
Il y a des toilettes, dehors dans une cabane en bois.

Y séjourner c'est revenir à l'essentiel : manger, boire, dormir, ne pas avoir froid, socialiser avec qui est là.
Je suis montée avec des bonbons au miel, du vin (blanc et rouge), 2 paires de chaussettes en laine, un pull, une polaire et un anorak, et 3 livres (pour socialiser, parce que c'est exactement mon fort).
Au final, j'ai à peine fini le livre en cours, j'ai (même pas) fait semblant de cueillir des champignons, j'ai beaucoup marché, bu raisonnablement du vin, excessivement de la tisane, j'ai joué à un jeu que je ne connaissais pas et qui ressemble vaguement au Cluedo mais où tu ne sais pas qui tu es (alors de la à savoir qui tu tues, où et avec quelle arme, il faudrait une autre vie toute entière...), j'ai discuté avec des gens que j'ai vu naître (oui au pluriel, ce ne sont plus des enfants), j'ai petit-déjeuné dehors au soleil, j'ai pris un bain de soleil dans une chaise longue en bois qui épousait la pente, j'ai attendu que les nuages se dispersent pour voir Grenoble depuis le Col, j'ai eu froid dans le vent et chaud en montant, j'ai transporté un champignon dans ma poche (non, ce n'est pas moi qui l'ai trouvé), j'ai fait la vaisselle parce que je ne sais pas faire à manger, je me suis retourné plusieurs fois dans ma couchette en me disant "non je n'ai pas envie de faire pipi..."...et j'ai fini par sortir de mon sac de couchage et affronter le froid de la nuit.
Je ne suis pas allée jusqu'à la cabane en bois, trop loin à 2h du matin, en chaussettes. Dans la pente, au coin de la terrasse, sous les étoiles, avec une presque pleine lune, ça avait quelque chose de magique. 
En tendant les mains, j'aurai pu (si si) toucher la Grande Ourse, caresser la lune. Et comme par magie, le vent était tombé il faisait presque doux, en chaussette dans l'herbe en pleine nuit.
Revenir à l'essentiel, sous un ciel étoilé.



jeudi 2 novembre 2017

Once again : "Moi, j'y vais"

Le Sud des Hautes Alpes

J'ai croisé plusieurs "instants", ces derniers temps. Les choses qui nous échappent et qui se font malgré tout, parfois malgré nous. Malgré moi, surtout
Je suis coutumière de ces faits qui m'échappent.
Ca me déculpabilise je crois, de lire que cela ne m'arrive pas qu'à moi, que ce qui doit arriver arrive, même quand c'est moi qui suit aux manettes.

"Quand il l'embrassa, ce fut sans préméditation aucune. Cela n'arriva pas parce qu'il s'était trop rapproché d'elle, ou avait glissé un bras autour de sa taille. Cela évoqua plutôt la descente en piqué d'un puffin dans la houle, une attraction magnétique, comme si la gravité, en même temps qu'elle le précipitait  contre la jeune fille, attirait vers lui son visage".
Sans oublier la baleine - John Ironmonger

"Petit fils d’horlogier, il en appelle à la clémence du dieu qui décide du point de non retour sur l’axe du temps. La seconde où la flèche quitte l’arc, l’instant où l’orgasme devient inexorable, le moment où le poète devient la proie de l’inspiration."
La vaine attente – Nadeem Aslam

Le moment où je me lève et je dis "moi j'y vais".
Ca m'est arrivé dans un dîner il y a quelques années. Je l'ai raconté ici. Mes hôtes m'en parlent encore, lui ne me l'a pas vraiment pardonné (et je n'ai plus été invitée).
Ca m'est de nouveau arrivé. Il y a quelques jours. 
Pas dans un dîner. Dans une de mes réunions hebdomadaires avec mes chers associés.
Je n'aime pas les joutes verbales.
Je suis sous-équipée pour les concours de bites.
Je suis concise dans mon expression, presque chirurgicale
J'ai horreur de me répéter.
A la 4ème fois où ce jour-là je me suis faite couper la parole, j'ai fermé mon iMac et je me suis levée en disant "moi, j'y vais".
Once again. 
C'est la gravité, l'instant, le moment...
Je me suis (encore) vue debout. Puis retrouvée dehors de la salle de réunion.

bon, ben moi j'y vais...


mercredi 1 novembre 2017

Un monde de brutes


Du col de Moissière - Champsaur

Nous sommes allés nous balader en montagne. Petite balade, petite montagne à vaches (pardon moutons), départ l'après midi, après le café,  juste une gourde et un pull, pas de pique nique. Une petite entreprise facile, à dix minutes en voiture de la maison.
Couleurs d'automne sur les pentes : les mélèzes flamboyants, les sapins insolents de leur vert sombre, et les feuillus retenant leurs dernières feuilles, pour quelques jours encore en attendant les premiers gels.
Montée facile, chemins creux, marches de pierre.
Les enfants courent, sautent, chantent, crient, s'expriment, et croisent un trio de baleines suant, haletant, soutenues par des bâtons de marche. Trois baleines, presque échouées, plus larges que hautes.
La plus vieille d'entre elles a soufflé un long "scchhhhut" une première fois.
On a pris ça pour son souffle d'asthmatique, de vielle obèse au bord de l'apoplexie
Au deuxième "scchhhhut", on a compris que ce n'était pas sa locomotive à vapeur qui rendait l'âme, mais le fait de croiser nos trois enfants chantant.
Et pourtant, ils courraient à la descente, les baleines se hissaient à grand peine dans la montée, la croisée fut de courte durée.
Suffisamment pénible pour que le Leviathan lance une insulte dans une autre langue que son français que nous avions entendu jusqu'alors.
Elle les a traité "d'enfants de merde".
En espagnol, il semble.
Je ne sais dire que "poulet frites s'il vous plait" dans cette langue, voire "une bière" quand j'ai très soif.
Mais j'ai très bien compris l'insulte.
Mais je n'ai pas compris. Pas les mots, mais l'intention. Encore moins la raison.
Une si belle journée, de si belles couleurs, un instant si court de chansons des enfants.
Et cette insulte. A peine assumée, dans une autre langue.
J'aurai bien shooté dans sa canne de marche, elle aurait roulé-boulé dans la pente et c'en était fini d'elle.
Je suis restée civilisée et polie tout en poursuivant ma descente tandis qu'elle agonisait dans sa montée.
Prise dans le paysage, seule "veille chouette" m'est venue.
Trop gentil comme retour. Mais qui s'accordait avec l'environnement.
J'espère qu'elle n'est pas arrivée en haut, j'espère qu'elle s'est asphyxiée de son aigreur.


Lectures entropiques

Tofino - Vancouver Island, BC, Canada

" (...) envahie de la même nostalgie qu'on a en finissant de lire un livre, quand au nombre limité de pages s'annonce qu'il nous faudra bientôt le fermer, être quitté par le monde qu'il charrie, duquel nous sommes encore captifs mais déjà revenus qu'il faudra bientôt renoncer aux êtres et aux lieux, à leur existence fictive, c'est un deuil que de lire, me disais-je, le deuil de ce que nous fûmes en imaginaire; mais non. De cette expérience rien ne s'oublie ni ne se perd, à point nommé le souvenir en revient et s'ordonne de nouvelle manière (...)"
La source - Anne-Marie Garat

J'aime cette similitude de la thermodynamique et de la lecture, deux de mes matières préférées. Je comprends mieux ma fascination pour la thermo avec ce rapprochement explicité par Anne-Marie Garat* : les livres sont une entropie chez moi, vous dirait mon iMari, rattrapée aujourd'hui par celle de notre iFille. 
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme... y compris ce que nous lisons. J'apprends le monde aussi par la lecture, même si chaque fin de livre est un deuil et une renaissance. 
Je suis alors un Phenix à l'infini!


* pour ceux qui ne connaissent pas je recommande vivement la trilogie : Dans la main du diable, L'enfant des ténèbres et Pense à demain. 

dimanche 22 octobre 2017

Voyager selon Depardon

Le Drac 


Voyager, et n'être rien du tout
Ni touriste, ni reporter
Ne chercher aucune performance
Ne rien chercher à prouver

R. Depardon - Traverser

En ce moment à la Fondation Henri Cartier Bresson, un retrospective de Raymond.
A voir, revoir, toujours des clichés à découvrir.

Parfois le voyage se fait tout près.
Ces photos de la Haute Loire, de la ferme du Garet, me rappelle les Hautes Alpes, les fermes reculées, la vie homogène "un jour pousse l'autre", l'isolement, le hors temps, le hors champ de la société parfois, en tout cas jusqu'à une certaine période.

mercredi 18 octobre 2017

La suffragette moderne est-elle autorisée à prendre le volant?

Now?
Dans le programme scolaire de 3ème, il y a plein de sujets intéressants abordés en français et en histoire (par exemple les deux grandes guerres du 20ème siècle), et au détour d'une conversation en cours :  l'émancipation des femmes. Ma fille étant globalement une personne "concernée" (elle s'est passionné toute petite pour l'élection de Sarko - contre; pour le mariage pour tous - pour ; le droit à l'euthanasie - pour...) elle creuse donc les différents sujets.
Ce qui nous a valu de regarder le film "les suffragettes".

Un samedi soir, nous faisons donc notre rituel "ciné famille" avec "les suffragettes" film britannique de 2015.
En bon parent qui fait de la discrimination sexiste et d'âge sur ses enfants, on se demande si les deux gars vont aimer et mon iMari se propose même de leur mettre un James Bond.
C'est vous dire le niveau des parents!
Raisonnablement, on se dit qu'ils peuvent regarder le début et si ça ne les intéresse pas, on avisera et on leur fera une séance à part.
C'est bien mal connaitre notre petit monde.

Tout le monde a été pris dedans. c'était presque un film en 3D  : ils étaient tous les trois debout, à brandir les poings en criant à l'injustice, à invectiver les hommes, à défendre les femmes, à pleurer...

Et moi  : "calmez vous c'est un film"
Et mon iMari (aidant) : "c'est une histoire vraie..."

Oui c'est un biopic (biography picture, pour ceux qui ne savent pas). Avec à la fin des images d'archives.
Bouleversant. Excellent. Terrifiant.
Sur la place de femmes dans la société.
Les femmes ont obtenu le droit de vote en France en 1944, en 1971 en Suisse (la porte à côté, l'année où je suis née). Un siècle après l'abolition de l'esclavage. C'est dire l'échelle qu'on pourrait lainer si on va par là.
Quand on pense qu'en Arabie Saoudite, les femmes viennent seulement d'obtenir le droit de conduire! Et encore, ce sont des motifs économiques qui ont eu raison du conservatisme (le coût du chauffeur, et des doubles assurances...).
De là à penser que le capitalisme est un progrès...

dimanche 17 septembre 2017

La fin d'un monde

Berlin  - R. Depardon

On reconnait les vieux à leurs rengaines "c'était mieux avant", au langage suranné (c'est une belle demeure, cet étalage est bien achalandé...) et à leur vécu daté (ils ont des histoires de guerre à raconter).
Je ne regrette pas mes (plus) jeunes années  et si je déteste les mots comme "je kiffe", quand je parle mes enfants me comprennent encore.

Pourtant, ces derniers temps, j'ai une impression de fin de mon monde, que quelque chose s'efface.

Ca commence lentement, quand des écrivains que vous aimez décèdent, ou des cinéastes, ou des chanteurs, ou des personnes politiques. Je n'écouterai plus de nouvelle chanson de Leonard Cohen ou de Barbara, je ne lirai plus rien de Robertson Davies ou de Marguerite Duras, je me suis sentie très seule après la mort de Mandela.
Cet été, j'ai enterré mon parrain. Il m'a donné 700 francs tous les Noël pendant des années. C'était une fortune à l'époque, j'ai conduit mon premier tracteur avec lui. C'est le premier de la génération de mes parents qui disparait. Il y avait un mur devant moi, une brèche a entamé la protection, a écorché ce qui faisait paravent. 
Je ne suis plus immortelle.

Récemment, ma gynécologue m'a annoncé qu'elle prendrait sa retraite en mai et qu'elle me donnerait mon dossier papier (oui elle fait encore ses dossiers à la main, pas d'informatique avec elle, ni de carte vitale...). Ma généraliste à laquelle je n'étais pas attachée, a, elle, pris sa retraite sans m'avertir et du coup j'en ai choisi une bien jeune (un peu comme M. Seguin avec ses chèvres...). Je n'ai pas pris un tel risque avec ma dentiste, qui a mon âge et que je fréquente depuis qu'elle s'est installée.
Peu de temps après, France Telecom a annoncé l'arrêt définitif et le démontage des cabines téléphoniques. Nous avons connu les cabines à pièces, puis les cabines à cartes et maintenant la disparition des cabines. 

Et cette semaine, le phénomène s'est accéléré : mon dernier a changé sa play liste et écoute des tubes des années 80. En boucle, nous entendons "les yeux couleur menthe à l'eau". En boucle, il la chante à tue tête. Jusqu'à ce qu'il demande ce qu'est un juke box. Les deux grands ne savaient pas. La question a atterri chez nous. 
Nous avons expliqué, montré, raconté que nous mettions des sous dans ces machines pour écouter les tubes de l'époque. Au bar du Lycée, j'ai dépensé des fortunes pour entendre "Ella, elle l'a" de France Gall et "Scatterlings of Africa" de Johnny Clegg. Nous avons parlé des cassettes et de comment nous enregistrions les tubes que nous attrapions à la radio, les fameuses radios libres après l'éléction de Mitterand.

Et le lendemain, à la faveur d'une question sur le mur de Berlin, ils nous ont demandé de raconter la Chute du Mur. Et nous avons évoqué cet autre monde : celui de la guerre froide, celui dans lequel il y avait la RDA et la RFA, celui où ne pouvions voyager en Yougoslavie et où la Tchécoslovaquie existait encore, mais ni la Lettonie ou l'Estonie. Je me suis revue en 89, rivée à la radio, dans la chambre Insa à Lyon, avec des copines à boire du thé et fumer des cigarettes.
J'ai eu l'impression de prendre la place de mon grand-père quand il me racontait comment il s'était évadé des allemands en 40, de ma grand-mère quand elle évoquait la doublure de la veste de mon oncle jeune enfant où elle cachait ses économies. 

Aux yeux de mes enfants, j'appartenais à un autre monde.
Et moi, je vois bien qu'il s'efface, sans que je sache dire si j'en suis triste.


vendredi 1 septembre 2017

Au Bal, se faire écarteler

Le Bal, pas masqué, juste révélé

Nous sommes allés au Bal, derrière la Place de Clichy.
Les cinémas porno ont disparu, le Wepler est toujours là.
Et a ouvert il y a quelques années, ce lieu de Magnum.
Magnum l'agence, pas les glaces (comme demandaient mes enfants!).

L'Agence a 70 ans et fêtait ça avec une retrospective. Pas de fil rouge, pas d'orgie de photos, pas de short off, mais un cheminement, des photos jamais publiées parfois, car trop polémiques la crainte d'un plasticage limitait les publications.

J'ai pris que Robert Capa avait un frère - Cornell - aussi photographe et peut être plus engagé en politique et moins médiatique que l'autre.
On y découvre que l'agence pourrait couvrir les deux côtés de la guerre (Algérie, IRA...). 

"Vous devez d'abord vous débarrasser des évidences (...). Instaurer le doute dans votre esprit, se poser la question de vos propres limites à surmonter. Si nous sommes capables d'admettre que nous sommes tous subjectifs, alors nous nous approchons d'une forme d'objetivité. Au fil des ans en Irlande du Nord, j'ai vraiment essayé de vivre des deux côtés des barricades et d'analyser ce que je ressentais (...). Traverser ces frontières, m'exposer à ces perceptions divergentes, c'est une des choses les plus douloureuses qu'il m'ait donné de traverser. Cela revient à être écartelé jusqu'au point de rupture"
Gilles Peress

entre Utepils et Wintersearig

Mc Donough - j'aime l'idée que cette photo a été prise en juillet 1971,
alors que bien loin de là, je venais au monde

Utepils : une bière à boire à l'aire libre pour profiter du très lumineux mais bref été, après un long et sombre hiver (norvégien)
Wintersearig : la tristesse que l'on ressent quand l'hiver et long et froid (anglais)
dans Les mots qui nous manquent

Je suis exactement entre les deux. 
Je n'aime pas la fin de l'été.
Je n'aime pas la reprise.
Je n'aime pas qu'il fasse nuit à 6h du matin, ni que la soirée s'assombrisse dès 21h15.
Je n'aime pas les feuilles qui hésitent à tomber.
Je n'aime pas l'odeur des fournitures scolaires.
Je n'aime pas avoir à mettre un pull en début de soirée.

Je ne suis pas de cette saison.
Je suis lasse rien qu'à l'idée de recommencer une année scolaire, de travail, de routine... 
Je crois que j'ai besoin d'air et de changement : y a t-il un mot pour cela?



jeudi 24 août 2017

Qu'avez vous écouté cet été?

pour bien écouter,
s'installer confortablement
Je ne parle pas de musique. 
Je parle de podcast. 
Ma grande découverte de l'année. Une pratique régulière, comme le yoga. Et ça me fait un peu le même effet d'ailleurs.
Un collègue m'a dit "y a que toi qui te fais regonflée par un podcast sur Cy Twombly après 2 jours d'animation de séminaire". Je me suis sentie un peu bizarre, un peu comme si j'étais une anomalie de la Nature. Mais pourquoi pas? 
Trouver son remontant c'est bien, c'est même essentiel. Surtout quand ce n'est pas du chocolat, de l'alcool ou des cigarettes. 
Un podcast, c'est sain. Ça tient compagnie sur demande, c'est peu demandeur justement. C'est tout le temps avec vous, à peu de frais. Ça se renouvelle vite.
J'écoute dans les transports, dans la voiture, dans le métro... Pas sur mon scooter, là je divague.
Je ris toute seule, souris aux inconnus, suis émue parfois... 
Et j'ai l'impression de découvrir des gens. Des gens plutôt que des choses. Je préfère entendre des artistes parler de leur oeuvre, d'eux, plutôt que des discours thématique. 
"Pardon Adèle Van Reeth, mais les nouveaux chemins de la philosophie j'ai abandonné. Je vous jure que j'ai essayé, j'ai insisté. ça n'a pas pris. Je vous lis avec interêt et régularité dans votre chronique dans Lire."

Ma petite selection, que je partage avec vous : 

  • une vie une oeuvre, sur France Culture, en particulier sur Cy Twombly, ou Isadora Duncan (la danseuse), ou encore Claude Levi-Strauss (mon amour de jeunesse quand j'ai lu la pensée sauvage en Terminale)
  • le temps des écrivains France Culture : l'émission spéciale William Finnegan (jours barbares), je me suis même tapé un podcast d'une radio californien pour surfeurs où il intervenait rien que pour l'entendre parler.
  • les grands discours sur France Inter : Simone Veil et son discours de 1974 à l'assemblée pour la loi autorisant l'avortement. Quelle émotion que de l'entendre parler, prononcer les mots que j'avais déjà lu plusieurs fois... Dans les trésors de ces podcasts estivaux : Mandela, Luther King. Je rêverai de "the last frontier" de Kennedy par exemple. Vous me direz que je pourrai trouver tout ceci sur youtube et qu'en plus j'aurai les images. Je ne veux pas des images, ça me pollue. Je veux m'immerger dans la voix. Je suis sensible aux voix, aux intonations, aux oscillations, aux mots choisis. Je ne veux pas en perdre une miette.
  • master class sur France Culture. Celui avec Sylvain Tesson (oui, je sais, encore lui), Jean-Christophe Ruffin, ou encore Angelin Preljocaj.
  • je cherche aussi par nom : William Finnegan a été dans plusieurs émission notamment Ping Pong sur France Culture, Sylvain Tesson est très médiatique (ok, j'arrête avec lui), Edgar Morin... à vous de choisir les vôtres.
  • Grand bien vous fasse sur France Inter traite de thèmes que l'on peut écouter en famille (dans la voiture sur les longs trajets, que notre fille apprécie (tout n'est pas perdu).



Oversized Canada #5 : Act Canadian...

Deux fois plus d'espace avec le reflet
Un leitmotiv pour rester zen comme eux en tout situation. Keep calm and chill out.
Je l'ai déjà dit, personne ne roule vite, malgré les énormes voitures, malgré l'absence de radar, bien que les routes soient longues, droites, désertes. 
On roule pépère et on ne klaxonne pas. Jamais. Même s'il y a un bouchon (à cause des ours), même si on attend 20 mn, montre en main, du fait des travaux. On reste tranquille, on sourit, on attend, en admirant le paysage.
Et en ville, on laisse passer les plus petits que soi : les vélos, et les piétons. Et les vélos laissent passer les piétons. C'est la hiérarchie inversée : plus tu es gros, moins tu es prioritaire. L'exact inverse de la Chine. Je me demande comment les chinese Canadians s'en sortent (plus d'un tiers de la population sut la côte Ouest).
On démarre tranquille au feu, sans s'énerver quand celui de devant n'avance pas. On n'accélère pas brusquement non plus, c'est smooth. On ne tourne pas vite au croisement pour passer devant la voiture qui arrive on attend qu'elle passe justement... 

Dans les magasins, on fait la conversation. On a mis un peu de temps savoir répondre à la question "how are you doing guys today?" de chaque caissière. Et je ne suis pas certaine que notre repose soit la bonne. "doing good,  and you?". Le "and you" semble superflu avec la caissière, et pourtant elle peut continuer sur le même ton. Elle range nos courses dans des sacs en plastique, en faisant très attention aux oeufs, qu'elle nous donne d'ailleurs à part, en se déplaçant. Tout cela prend du temps, elle n'est pas pressée, nous non plus ("je te rappelle qu'on est en vacances au Canada" on se le redit pour ne pas faire nos parisiens impatients. 
Parfois la caissière est un caissier, comme le conducteur du bus de nuit est une femme, ou le mec des travaux avec un casque au bord de la route, ou encore celui qui décharge les bagages du train. Tous des femmes.
Quand ces gens là repèrent que nous sommes français, c'est encore plus long. Ils tâtent de leur français : soit parce qu'ils ont vécu au Quebec, soit parce qu 'ils viennent de suivre un tutorial de 6 mois sur internet... Dans tous les cas, c'est stressant, car on ne comprend pas qu'ils nous parlent en français et on répond en anglais. Mais on "keep cool and act Canadian", avec bienveillance et sourire.

Les gens interpellent en se croisant dans la rue, même quand ils ne se connaissent pas   :
- il fait chaud aujourd'hui hein
- oui , et c'est bien
- oh ce n'est pas pour me  plaindre, c'est juste pour dire
- bonne journée...
Avec le sourire, en prenant le temps.

Ils ont le temps, ils ont l'espace, ils ont le sourire. Et pas uniquement parce que ce sont les vacances.

Rentrée à Paris, la vie semble rude. 
Je m'emporte et je me répète comme un mantra "act canadian".
Mais je n'ai ni le temps, ni l'espace, ni le sourire.
Et si je faisais comme si j'avais tout ça and act canadian?




jeudi 10 août 2017

oversized Canada#4 : big dream

Un peu plus loin sur la gauche  : l'Alaska

Un jour je serai une veille dame, veille Dame plutôt (enfin j'espère le D majuscule).
Je me lèverai le matin, un peu après le soleil, je récupèrerai le journal livré au pied de ma porte. Je serai obligé de mettre un pull-over avant d'ouvrir, parce qu'il fait froid, on est à Prince Rupert, au Nord du Canada sur la côte Pacifique.
Avec mon journal, je m'installerai devant ma théière bien chaude (Lady Grey le thé, pas Earl Grey je veux la version plus raffinée du Earl Grey) là devant la grande fenêtre : celle de droite. 
Je prendrai connaissance des nouvelles du monde en sirotant mes mugs de thé, jusqu'à ce que la théière soit vide. Je verrai partir le ferry à 7h30, avec toutes ses lumières allumées comme une grande guirlande de Noël éclairée toute l'année depuis déjà 5h30 à le matin.
Alors, je changerai de pièce, et j'irai à l'autre bout de la maison dans le bureau : la fenêtre tout à gauche sur la photo, et devant mon Mac  (on ne se refait pas, surtout en vieillissant), je poursuivrai l'écriture de mon livre. Ce ne serait pas le premier, ce ne serai pas non plus le dernier. Une fiction probablement, un roman comme on dit chez nous, ou ce nouveau genre inclassable "non fiction", plébiscité par les Editions du Sous Sol (Laure Adler, entre autres).
En été, je ferai une pause un peu après 10h (am, parce qu'à ce moment à, je dirai am et pm après chaque heure), dans les fauteuils qui sont dehors, au soleil, en profitant de la vue marée basse altérnant marée haute. Pas de baleine dans ce coin de la baie, pas assez profond, alors je me permettrai, les jours de grand beau temps une sortie dans la baie pour aller voir les grands cétacés. 
Et quand mon volume sera terminé, je ferai mon paquetage, je jetterai le tout dans mon vieux pick up Chevrolet pour faire la route en 2 jours jusqu'à Vancouver.

C'est quand je serai une vieille Dame. 
Mais j'ai déjà repéré la maison, il faut prendre de l'avance.